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Jeudi 04 Décembre 2008
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SUCRE
HISTOIRE

L'histoire de l'industrie du sucre.

Dès le 14e siècle, le sucre a été introduit en Europe, en petites quantités, via le Proche-Orient et l'Italie. On l'appelait d'ailleurs "le sel indien" . Il était surtout utilisé pour ses vertus médicinales et était donc vendu à l'once par les apothicaires.

Puisque le sucre était trop dispendieux, le miel est demeuré, en Europe, le principal édulcorant jusqu'au 18e siècle. Ce n'est donc que depuis qu'on cultive la canne à sucre de façon industrielle, que le sucre est devenu un produit répandu et accessible.

La culture de canne à sucre aurait débuté en Nouvelle-Guinée pour s'étendre ensuite dans toute la région du Pacifique Sud, en Asie du sud-est et en Inde. Puis, elle s'est répandue en Chine et dans l'ancien monde arabe. Grâce au commerce avec les arabes, on aurait fait pousser de la canne à sucre en Sicile, dès le 12e siècle. Les Portuguais l'aurait ensuite importé de Sicile pour en faire la culture à Madère, au début du 15e. Mais, la canne à sucre ne peut pousser que dans des terres riches et sous un climat humide (de type tropical ou subtropical). C'est donc lorsque les explorateurs espagnols et portuguais ont implanté la canne à sucre, dans leurs nouvelles colonies d'Amérique, que la production de sucre a pu enfin prendre son essor et devenir, au début du 17e siècle, la plus grande et la plus lucrative industrie du monde.

La canne à sucre est demeurée l'unique source de sucre brut jusqu'au 18e siècle. À ce moment là, un chimiste allemand du nom d'ANDREAS MARGGRAF découvrit que le saccharose (qu'on appelle aussi sucrose), le saccharose, donc, de la betterave avait exactement la même composition chimique que celle contenue dans la canne à sucre. La betterave à sucre avait été cultivée à Babylone et en Egypte. Et en Europe, on s'en servait comme légume pour l'alimentation du bétail. Mais cette betterave contenait moins de 4% de sucre. Des chercheurs allemands ont donc effectué une culture sélective pour dévellopper une betterave pouvant contenir jusqu'à 20% de sucre. Puis quand un des étudiants du docteur MARGGRAF (FRANZ KARL ARCHARD) trouva la méthode pour extraire le sucre de la betterave, la culture de celle-ci se répandit rapidement en France, en Autriche-Hongrie et en Russie. En 1803, la première usine de sucre de betterave apparut en Allemagne puis la culture de betterave sucrière se dévelloppa dans toute l'Europe. L'Europe était alors sous l'emprise de NAPOLÉON BONAPARTE, et la France devait faire face à un blocus britannique qui empêchait toute relation commerciale avec les Antilles.

Même si au départ, le sucre ne faisait pas ou peu partie de l'alimentation humaine, il s'est assez rapidement incrusté dans les habitudes alimentaires, grâce à ses qualités énergétiques et son goût, d'abord en Europe puis dans le monde entier. Le sucre est donc devenu une matière de première importance dans les stratégies géo-politiques et économiques. Il a, par exemple, servi au commerce triangulaire britannique. Des bateaux chargés de produits manufacturés arrêtaient d'abord en Afrique occidentale pour échanger leurs biens contre des esclaves. Ces esclaves étaient ensuite envoyés en "Inde occidentale" (qui sont en fait les Caraïbes) en échange de sucre qu'on ramenait en Angleterre. Au fur et à mesure que florissait ce commerce, les navires ont fait de plus en plus souvent escale en Nouvelle-Angleterre aussi. Là, les Américains en avaient besoin pour leur usage domestique mais, surtout, les distilleries en avaient besoin pour leur rhum. Eu Europe, on a aussi souvent payé des armes avec d'importantes quantités de sucre. L'histoire de l'Amérique latine, en particulier, a été très fortement marquée par les aléas de l'industrie du sucre. Au Brésil, de 1630 à 1654, les Hollandais ont occuppé les terres de cannes à sucre, qui appartenaient alors aux Portuguais, dans l'espoir de prendre le contrôle de la production et de la distribution du sucre en Europe. La plupart des pays d'Amérique latine ont abandonné la culture de subsistance pour la culture d'exportation, de sucre mais aussi de cacao, d'ananas et autres fruits exotiques. Ce système économique a maintenu des milliers de personnes en esclavage et complètement transformé les rapports ethniques, créant de nombreuses guerres meurtrières entre Noirs, autochtones, blancs et métisses. Cuba, quant à elle, a dû s'allier avec l'URSS pour pouvoir continuer à exporter le sucre que les Américains refusaient -et refusent évidemment encore- de leur acheter.

Aux États-Unis, le lobby du sucre a été et demeure encore immensément puissant. Il a fait s'affaiblir, en 1895, la loi SHERMAN interdisant le monopole. (votée en 1890) L'American Sugar Refining Company avait alors acheté quatres autres manufactures pour ainsi contrôler 98% de l'industrie du raffinage du sucre. Elle a gagné le procès que lui faisaient les États-Unis d'Amérique en interprétant à son avantage la définition que donnait la Constitution de la notion de "commerce".

Le sucre naturel de la betterave et de la canne s'appelle "saccharose" (ou sucrose) et est constitué de l'union moléculaire du jus des plantes (fructose) avec une substance appelée "glucose". Le glucose a également un goût sucré, mais ce goût est moins prononcé que le saccharose (70%). En 1811, on a découvert que le glucose pouvait être produit en hydrolysant l'amidon de blé, de riz ou de maïs. À partir de 1920, le glucose tiré de l'amidon entra donc en compétition avec le saccharose de la canne à sucre et de la betterave sucrière. À la même période, fut développée la saccharine, un produit artificiel et non-nutritif 300 fois plus sucré que le sucre de canne. On commença à produire commercialement de la saccharine dès 1901. Lors de la Première Guerre Mondiale, elle fut même utilisée pour remplacer le sucre, qui se faisait plus rare du fait que le transport par mer était plus hasardeux. Les effets de la saccharine sur le métabolisme humain ayant suscité de nombreuses controverses, le Canada en vint à interdir son utilisation. (Il est encore utilisé en Asie) Puis vint le cyclamate, 30 fois plus sucré que le sucre. Cet autre produit artificiel devint populaire dans les années 60 avant d'être également banni, dès 1970, cette fois-ci par les États-Unis.

Les désavantages du glucose et de ces produits sucrants artificiels ont permis de laisser l'industrie du sucre traditionnel relativement tranquille. Mais, à partir de 1967, un concurrent de taille allait Bientôt s'imposer : le HFCS (High Fructose Corn Syrup). Depuis 1985, les Américains consomment plus de HFCS que de sucre traditionnel. Les producteurs de sucre américains n'en ont pas trop souffert parce que c'est l'importation qui diminua radicalement. Ce qui donna un dur coup aux entreprises étrangères voisines. En même temps que le HFCS, d'autres produits artificiels ont été créés : l'aspartame (commercialisé sous le nom de NutraSweet), l'acesulfame et le stevioside, avec des pouvoir sucrant 200 fois plus grand que le sucre naturel. Alors que la production mondiale de sucre brut s'élève maintenant à 100 millions de tonnes, celle des nouveaux produits sucrants atteint maintenant 7,5 millions de tonnes, les États-Unis en produisant les trois-quart.
Comme on retrouve aujourd'hui du sucre et des dérivés de sucre dans presque tous les produits alimentaires, du pain aux bonbons en passant par les boissons gazeuses, dans plusieurs produits pharmaceutiques, ainsi que dans des produits de lessive et certains adhésifs, l'industrie du sucre est un acteur incontournable dans l'élaboration des stratégies commerciales. Ainsi, quand Coca-Cola a annoncé, au début des années 80, qu'elle allait remplacer le sucre de sa recette secrète par un nouveau produit sucrant, le sirop de maïs, le prix du sucre à la Bourse a chuté et plusieurs industries utilisant des produits concurrents au sucre ont dû s'ajuster. Devancée, Pepsi Cola n'a pas pu faire ce type de changement alors qu'elle l'avait prévu depuis quelque temps déjà. Coca-Cola, bénéficiant d'une baisse des prix pendant quelques années, a pu continuer à utiliser le sucre dans sa recette industrielle tout en développant de nouveaux produits (Diet Coke, Cherry Coke).

Les industries du sucre, face aux développements récents de nouveaux produits sucrants, ont également dû diversifier leurs activités. Une des plus importantes compagnies productrices de sucre, la Tate & Lyle Corp. (basée en Angleterre mais associée à Archer Daniels Midland, des États-Unis), produit maintenant des produits synthétiques sucrant pour les céréales, de la melasse pour nourrir les animaux ainsi que de l'HFCS dans des usines des État-Unis (Illinois, Montana Colorado, Nebraska et Wyoming), d'Europe (Portugual, Slovaquie, Hongrie, Bulgarie, Turquie, Angleterre et Écosse), d'Afrique (Zimbabwe, Zambie) et de Chine.

Depuis 35 ans, l'industrie du sucre est en profonde mutation. Grosso modo, le nombre d'usines a diminué mais la production a augmenté. Ceci est évidement dû à des améliorations techniques. Par exemple, on a développé une machine qui coupe la canne à sucre, la lave et la charge en une seule opération continue. Pour ce qui est de la production de betteraves, on a introduit des variétés génétiquement modifiées qui ne forment qu'une seule pousse, évitant ainsi d'avoir à éclaircir régulièrement les plantations. On peut ajouter à ces améliorations techniques, l'automatisation des usines et la mise au point d'un processus de crystallisation en continue.

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